La chambre bleue, Madame de Rambouillet, Julie d’Angennes et La Guirlande de Julie

Madame de Rambouillet

 « Personne ne fut plus aimé même de ses gens ni des gens de ses amis, qui ne l’appelaient que “La Grande marquise”. »

Tallemant de Réaux

Catherine de Vivonne naît en 1588, à Rome, son père étant l’ambassadeur de France en Espagne et en Italie, elle apprend à parler italien et espagnol dès le plus jeune âge. Giulia Savelli, sa mère lui donna le droit d’assister aux conversations de son père qui fréquentait des hommes de lettres.

Catherine de Rambouillet — Wikipédia

Elle est mariée à 11 ans, en 1600, et c’est pour elle un grand déchirement de quitter sa famille pour un homme deux fois plus âgé qu’elle. Elle lui donnera sept enfant en sept ans dont Julie d’Angennes, sa seconde pour son futur salon. Le couple emménage à l’Hôtel de Rambouillet, rue Saint-Honoré avant de déménager pour l’Hôtel de Pisani, rue Saint-Thomas-du-Louvre, rue aujourd’hui inexistante qui est remplacée par les pavillons du Louvre. Elle décore avec tant de goût l’hôtel que la Reine Marie de Médicis s’inspire de cette décoration pour son Palais du Luxembourg.

Vivonne et Rambouillet. - 3) HÔTEL DE RAMBOUILLET: Elle n'hésita pas à faire reconstruire l'hôtel de son père, Jean de Vivonne, Jean de Vivonne, marquis de Pisani, sur des plans dessinés par elle-même, pour qu'il comporte des pièces adaptées aux réceptions, en particulier une enfilade de salons communicants dans le style italien.
Hôtel de Rambouillet

Quelques années plus tard, alors que sa santé est précaire, sûrement due aux fréquents transports de la Cour, elle décide de recevoir des gens d’esprits dans son salon, et étant passionnée par les arts et très intelligente, elle réussit à attirer beaucoup de philosophes, de femmes de lettres, de poètes et de scientifiques dans son Hôtel de Rambouillet qu’elle a décidé de réhabiter. Cette façon de réunir des gens cultivés et d’esprit lui rappelle son enfance en Italie, pays où ce genre de réunions existaient déjà.

Vivonne et Rambouillet

Catherine de Rambouillet était réputée pour être très gentille, si bien qu’on disait à son époque qu’elle était restée belle jusqu’à un âge très avancé grâce à cette bonté qu’elle avait. De ses yeux noirs pétillants et rieurs, elle était appelée « Arthénice » par ses proches, un anagramme de son nom, ce qui était très en vogue à l’époque.

Madame de Rambouillet n’était pas une femme de lettres mais celle qui a crée le principe des rendez-vous en salon, elle est la première à recevoir des gens de lettres, toujours après le déjeuner, durant le temps de digestion, chez elle pour débattre de sujets variés.

« Je ne fais pas de versparce que je n’ai aucune familiarité avec les muses »

Catherine de Rambouillet

Elle a participé à l’écriture des paroles des Chants à la Cour de France et à d’autres œuvres participatives comme un roman dont elle était d’ailleurs à l’initiative. :

Ici gît Arthénice, exempte des rigueurs,

Dont l’âpreté du sort l’a toujours poursuivie;

Et si tu veux, passant, compter tous ses malheurs,

Tu n’auras qu’à compter les moments de sa vie.

Madame de Rambouillet
Elle a écrit les paroles de ce morceau

La chambre bleue

La marquise de Rambouillet et son salon littérair - Europ Explo
La Chambre Bleue

La chambre bleue s’appelait ainsi, car, bien évidemment, ses murs étaient peints de bleu, une grande innovation pour l’époque car les seules couleurs qu’il y avait sur les murs étaient le rouge ou le tanné.

Le salon commence à recevoir ses premiers invités à la mort de Henri IV, mais les plus grandes réceptions auront lieues à la fin du règne de Louis XIII.

Les injures, expressions provinciales, insultes à l’encontre du Roi ou de à l’Eglise, grossièreté ou encore les jurons n’étaient pas tolérés dans son salon, elle inspire quelque peu les salonnières par la suite qui se veulent bienveillantes, apaisantes.

Les 10 meilleures images de Hôtel de Rambouillet, salon littéraire ...
L’hôtel de Rambouillet

Son mari ne participe pas autant au « rendez-vous » de l’heure de digestion, car en effet elle recevait toujours après manger, pour discuter avec ses invités en début d’après-midi, mais elle peut compter sur sa fille, Julie d’Angennes et plus tard sa fille Clarisse-Angélique, future comtesse de Grignan pour l’aider à gérer le salon. Sa fille y trouve d’ailleurs l’amour avec Vincent Voiture et fonde sa réputation grâce à sa place dans le salon de sa mère.

Une Ruelle à  l'Hôtel de rambouillet, gravure d'Abraham Boose, un salon au XVII°s. - 6) Ce monde jeune et gai qu'est l'hôtel de Rambouillet, où les bals et les plaisirs se succèdent, les intrigues amoureuses se nouent et se dénouent, ne fut pas une société de pédants même si les divertissements y prennent volontiers un tour intellectuel. La "préciosité" naît dans ce salon et gagne l'esprit des jeunes femmes de l'aristocratie qui le fréquentent.

De nombreuses femmes de lettres y font leur entrée telles que Madame de La Fayette, écrivaine de la Princesse de Clèves, Madame de Sévigné qui se lie avec Madame de la Fayette et s’élève dans la société grâce à Madame de Rambouillet, Madame de Scudéry qui écrira beaucoup sur Catherine de Rambouillet et Julie, sa fille, Angélique Paulet, Madame de Montmorency et la duchesse de Longueville.

Il y eût plusieurs périodes dans le développement du salon, les invités changèrent au fil du temps.

On y jouait de la musique, écoutait de la musique, participait à des jeux de société, chantait, improvisait des petites scènes de Théâtre.

L’Hôtel de Rambouillet ;par Deban, François Hippolyte, 1863. Huile sur toile. H 2,40 L: 3,19. Musée d'art et d'histoire de Dreux.- 8) HÔTEL DE RAMBOUILLET: ... la genèse du roman moderne français. La succession sera assurée par Madeleine de Scudéry, et le même Chapelain, qui a laissé quelques descriptions de ce temps, n'aura pas pour cette dernière les mêmes mots que pour Madame de Rambouillet.
Le salon de Madame de Rambouillet

En 1637, les invités du salon s’impliquèrent dans un long débat sur la supression du mot « car », sujet qui divisait la Cour car un grand écrivain de l’époque, Malherbe y participait et se positionnait pour sa supression, se vantant de ne pas avoir utilisé ce mot une seule fois dans son ouvrage en cinq tomes  » Polexandre « . L’académie française prit un charge cette affaire et quelques académiciens souhaitaient remplacer ce mot pour le remplaçer par « pour ce que ». Catherine de Rambouillet et ses invités étaient pour sa conservation, la salonnière aurait même demandé à Vincent Voiture de plaidoyer, ce mot ce qu’il aurait gentiment accepté.

Le salon ferme petit à petit ses portes après le mariage de Julie d’Angennes, la fille de la maîtresse des lieux et la mort de Vincent Voiture quelques années plus tard qui achèvent totalement Madame de Rambouillet. Les invités se répartissent dans les salons qui émergent de celui de la marquise.

Pierre Corneille Reading Polyeucte à l'Hôtel de Rambouillet, circa 1880.- 7) HÔTEL DE RAMBOUILLET: Ce phénomène qui est davantage une forme de modernisme et de féminisme que de pédanterie, durera une trentaine d'années. C'est de l'hôtel de Rambouillet que sortiront celles qui s'impliqueront activement dans la Fronde au point d'être qualifiées d'Amazones. Bien que Molière ait tourné en dérision les membres de ce salon, il est indéniable que l'hôtel de Rambouillet a joué un rôle monumental......

Julie d’Angennes

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Julie d’Angennes
Charles de Sainte Maure et Julie d'Angennes | Bienvenue au Château ...
Julie de Saint-Maure

Julie d’Angennes, aussi appelée de son temps l’Incomparable Julie, la Princesse Julée ou encore Philonide, le nom que Madame de Scudéry lui attribue dans le Grand Cyrus, naît en 1607 et meurt en 1671.

La salonnière doit sa popularité et sa réputation à son intelligence, à ce qu’elle apporta au salon de sa mère, à sa vivacité, à sa beauté mais aussi à sa gentillesse, à sa générosité. En effet, lorsque son petit frère, âgé de sept ans est atteint de la peste noire, elle l’aide à rétablir et le borde avant qu’il ne meurt peu après.

File:Julie d'Angennes.jpg - Wikimedia Commons
Julie d’Anegennes

Sa plus grande passion est le théâtre, elle joue des pièces régulièrement, inspire des auteurs de tragédies, comme des auteurs de comédies dans l’écriture de leurs pièces. Elle se lie d’amitié avec bon nombres des conviés de sa mère et devient maîtresse de plusieurs d’entre eux. En 1641, un de ses prétendants, Charles de Saint-Maure se distingue et lui offre la Guirlande de Julie, un long recueil participatif où des vers comme des proses élogent sur la jeune femme.

Elle épouse Charles de Saint-Maure en 1645, au Château de Reuil-Malamaison, dans la demeure d’une amie salonnière de sa mère.

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La couverture de la Guirlande de Julie

En 1661, elle devient gouvernante des enfants de France, dame d’honneur de Marie-Thérèse d’Autriche, femme de Louis XIV. On lui reprochera beaucoup, de son époque, d’être beaucoup trop proche des maîtresses du Roi-Soleil, et en tant que dame d’honneur de la Reine, elle se doit normalement d’être fidèle à celle-ci.

Julie d’Angennes met au monde une fille, Marie-Julie de Saint-Maure, qui sera également réputée pour sa beauté et son intelligence à la Cour de France, connue pour avoir mis en vogue des drapés rayés au sein des courtisans, mode vite réprisée par le Roi-Soleil.

La guirlande de Julie

La guirlande de Julie est un recueil de madrigaux à l’honneur de Julie d’Angennes, initié par Monsieur de Saint-Maure pour cadeau à sa dulcinée. Dix-neuf grands poètes de l’époque participant au salon de Madame de Rambouillet y participent :  Georges de Scudéry, Desmarets de Saint-Sorlin, Conrart, , Racan, , Robert Arnauld d’Andilly, père et fils, Isaac Arnauld de Corbeville, Arnauld de Briottes, Antoine Godeau Chapelain le capitaine Montmor, l’abbé Habert, Colletet, Claude Malleville, Philippe Habert, le chevalier de Méré, Tallemant des Réaux Pinchesne, peut-être Pierre Corneille et le marquis de Rambouillet.

Permettez-moi, belle Julie,

De mêler mes vives couleurs,

À celles de ces rares fleurs,

Dont votre tête est embellie,

Je porte le nom glorieux,

Qu’on doit donner à vos beaux yeux

Monsieur de Saint-Maure, extrait de la Guirlande de Julie.

Chaque fleur illustre une qualité de la jeune femme.

Le texte est calligraphié par Nicolas Jarry et les fleurs citées dessinées par Nicolas Robert. L’ouvrage est magnifiquement relié par La Gascon, un relieur connun orné par les lettres entrelacée J-L , Julie Lucienne, les deux noms de la salonnière. Son amant fit exécuter l’ouvrage, avec une copie en plus. Il dissimula les deux exemplaires dans deux sac de peaux d’Espagne, que la jeune femme retrouva à son réveil le lendemain, sur sa toilette.

La reliure du livre

D’un pinceau lumineux, l’astre de la lumière

Anime mes vives couleurs,

Et régnant sur l’Olympe en sa vaste carrière,

Il me fait régner sur les fleurs.

Ma pourpre est l’ornement de l’empire de Flore :

Autresfois je brillay sur la teste des roys

Et le rivage moreFut sujet à mes loix.

Mais méprisant l’éclat dont je suis embellie,

Je renonce aux flambeaux des cieux,

Et viens, ô divine JULIE,

Adorer tes beaux yeux

Pour vivre par leurs feux d’une plus noble vie.

Je viens par une belle ardeur

À la honte du ciel achever ta grandeur :

Il te devoit une couronne

Et moi, je te la donne !

La Fleur de Grenade, par Arnauld de Briottes

Sources

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