Le salon de Madame Geoffrin

« On a vu Mme Geoffrin rassembler chez elle les hommes de lettres les plus connus, on a dit qu’elle tenait bureau d’esprit. Elle accueillait et elle aimait les artistes, on a dit qu’elle se piquait de beaucoup de connaissances dans les arts. […] Loin d’avoir aucune prétention en ce genre, elle tirait quelque vanité de son ignorance même ; elle ne croyait pas que les femmes eussent besoin d’être fort instruites. […] Son ignorance ne l’empêchait pas de se plaire à la conversation des gens instruits. Un esprit droit et naturel lui faisait distinguer le vrai du faux.

Abbé Morellet, Eloges à Madame Geoffrin, 1812

Madame Geoffrin est une femme d’esprit, salonnière et epistolière du siècle des Lumières qu’elle marque par son salon accueillant des intelectuels(elles) de la plus haute noblesse et de grands gens de lettres et artiste.

Madame Geoffrin

Madame Geoffrin

Marie-Thérèse Rodet Geoffrin est issue de la petite bourgeoisie, son père est valet de la Dauphine de France, mais ne gagne pas du fortune avec ce métier car la Dauphine décède rapidement et il est renvoyé. Elle est élevée par sa grand-mère qui lui apprend « l’art de la bonne discussion et de la bonne compagnie ». Marie-Thérèse épouse le lieutenant Geoffrin, directeur de la manufacture Royal des glaces de miroirs, du faubourg Saint-Antoine, à l’âge de 14 ans, car il est assez riche et du même rang qu’elle. Elle a un rêve que nombreuses des jeunes femmes qui naissent dans la petite bourgeoisie veulent atteindre : celui de créer un salon.

Le salon de Madame Geoffrin

Hôtel particulier où elle recevait ses invités

Elle ouvre un salon rue Saint-Honoré, au numéro 372, à deux pas de chez Madame Tencin, sa tutrice. Les femmes de l’époque ont le droit de tenir un salon uniquement si leur mari est d’accord ou absent ( voire mort ). Le mari de Marie-Thérèse accepte au début qu’elle ouvre ce salon tant qu’elle ne lui cause pas de problèmes et qu’elle reste raisonnable avec les dépenses. Seulement, Madame Geoffrin va commencer à accueillir des gens d’esprits, des artistes, des ministres, des ambassadeurs dans son salon et va donc multiplier les dépenses pour accueillir tout ce petit monde, ce qui ne va plaire son mari qui meurt la même année. Elle organisait un dîner ( déjeuner ) le lundi pour les gens d’esprit et le mercredi pour les artistes. Elle fréquente pendant longtemps le salon de Madame Tencin pour forger son salon et récupère d’ailleurs la plupart des invités de Madame Tencin à sa mort dans son salon. Madame Geoffrin réussit à continuer à tenir son salon grâce aux revenus que lui apporte la manufacture, en tant que veuve du directeur. Une nouveauté pour l’époque : elle accueille les grands hommes ( et femmes ) de passage dans la capitale dans son salon, ainsi tout le monde peut lui rendre visite Rue Saint-Honoré.

Julie de Lespinasse

Parmi les adhérents du salon, on retrouve Julie de Lespinasse qui écrivit beaucoup à propos de ce rendez-vous hebdomadaire, Montesquieu, Fontenelle, D’Alembert, etc. Sa rivale est Madame du Deffand qui tient également un salon et ne comprend pas la popularité du salon de sa concurrente.

Le rôle de la salonnière

 « pour tenir un salon littéraire, il est nécessaire qu’une femme soit profondément ignorante. Ainsi, elle ne fait pas concurrence à ses invités. Elle les écoute avec une attention qui n’est pas feinte puisqu’elle a tout à apprendre […] ». Et d’ajouter : « Mme Geoffrin lisait peu et n’aimait pas les livres. Elle semble en avoir eu chez elles quelques-uns seulement, et bien médiocres ! »

Fernand Rozière

Le rôle de la salonnière si convoité à l’époque est de réguler les conversations, lorsque des débats commençaient à aller trop loin, elle était là pour calmer les concernés(ées).

La salonnière n’était pas une femme de lettre, elle était là pour accueillir les gens d’esprits, organiser des débats mais ne donnait pas son avis politique et était chargée de vérifier que les gens des salons n’offensent pas la religion catholique, malgré le fait que beaucoup de salons étaient athées. Elle essayait de donner plus d’importance aux femmes sans être féministe non plus car elle voulait la différenciation entre l’homme et la femme. La salonnière favorisait les rencontres et engageait la discussion, elle devait donc avoir un minimum d’esprit pour tenir ce genre de salons.

Sources :

3 commentaires sur “Le salon de Madame Geoffrin

  1. Merci beaucoup pour ton commentaire qui m’a fait très plaisir ! Pour ma part, ce terme a été une vraie découverte car je ne connaissais absolument pas ce monde de salonnière. A bientôt !

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s