Marie de Gournay, femme de lettres du XVIème siècle

Marie de Gournay ( 1565-1665 ) a souvent été oubliée des livres d’histoires, et pourtant, elle a révolutionné le monde de l’écriture avec ses essais. Féministe, femme de lettre et savante, elle a marqué son époque et la notre grâce à ses idées, sa persévérance et son intelligence. Mais, que sait-on de sa vie privée, de ses passions, de ses regrets ? Qui était cette femme qui a écrit tant d’essais féministes ? Marie de Gournay a su affronter les insultes, les regards moqueurs des gens de son temps, mais a aussi réaliser son rêve : vivre de sa passion, chose rare pour une femme de l’aristocratie du XVIIème siècle… 

Des études féministes des années 70, diront que Marie de Gournay était une femme d’esprit, avancée sur son temps, mais elle était en réalité bien plus qu’une femme visionnaire voulant partager son opinion, elle a été une de ces voix qui n’ont pas réussi à changer les mentalités, mais qui ont eu l’audace de les marquer.

Egalité des hommes et des femmes
Marie de Gournay

Née le 6 octobre 1565, Marie est l’aînée d’une fratrie de cinq, issue d’une famille catholique et
bourgeoise de Picardie, elle découvre à l’âge de 18 ans « Les essais de Montaigne » et c’est une véritable révélation pour elle.
Elle souhaite rencontrer Montaigne pour lui exposer sa passion pour son recueil et elle réalise son souhait quelques années plus tard, en 1588 alors qu’elle est de passage à Paris. Très vite, le courant passe entre les deux savants. Il la rejoint au château de Gournay quelques semaines plus tard pour corriger son dernier écrit. Il ne se reverront plus jamais mais correspondront longtemps.

La réécriture de Montaigne, oeuvre qui la fera connaître…

En 1592, Montaigne décède et Marie ne l’apprend que plus tard par le biais d’un autre correspondant, sa mère meure quelques temps plus tard, et à la suite de ces deux disparitions, elle décide de quitter Gournay pour s’installer près de la cour, à Paris. En 1594, la veuve Montaigne adresse à Marie une copie des essais de son défunt mari et elle lui demande de le corriger pour l’éditer, ainsi en 1596, les essais de Montaigne paraissent, corrigés de fond en comble, et une édition posthume est agrémentée, en 1598, d’une longue et belle préface écrite par Marie, c’est cette préface qui la fera connaître.

Repoussant l’éducation limitée donnée à une femme, elle intègre les cercles littéraires parisiens. Elle apprend le latin et le grec en comparant des textes grecs ou latins et leurs traductions. Une femme savante réussira-t-elle raisonner les propos misogynes du XVIIème siècle ?

Montaigne

Marie de Gournay est devenue connue grâce à un homme, comme la majorité des femmes de cette époque. Une femme sans un homme n’était malheureusement pas considérée savante ou écrivaine. Comme de nombreuses femmes, elle a été effacée de l’histoire, par des hommes, qui, comme elle disait dans un recueil « en une phrase, dépeignent le monde ». Mais Mlle de Gournay voulait changer les mœurs en envoyant balader toutes les conformités de l’époque comme celle de se marier ou de devenir religieuse. « La fille d’alliance de Montaigne » se fait rapidement prendre en proie par de nombreux hommes et femmes qui la traitent de « vieille fille » allant jusqu’à la critiquer publiquement.

Le mal être des femmes artistes de l’époque

Marie ressent un profond mal-être, si bien qu’elle se demande où se trouve sa place dans ce monde d’hommes de lettres, où les femmes n’ont pas leur mot à dire, et elle espère que ses lecteurs et lectrices vont la soutenir face à ces insultes, si bien qu’elle adresse à eux à plusieurs reprises sans résultats, puis leur assénant, comme reproche à leur non-réaction, au début d’un autre recueil :

« Sentant ton humeur pointilleuse au choix de mes écrits et la mienne en choix de lecteurs, j’ai cru qu’on ne nous pouvait accorder qu’en nous séparant »

Avis au lecteur, 1634.
Qu’est-ce qui a fait d’elle une femme marquante ?
Marie de Gournay a 61 ans lorsqu’elle publie son premier recueil : « Dans l’ombre de la Damoiselle de Gournay » en 1626. Femme de lettres, d’esprits, éditrice de Montaigne, surnommée « fille d’alliance de Montaigne », l’écrivaine vit de ses maigres revenus et de sa plume mais bénéficie également de la pension deHenri IV puis celle de Richelieu pour son talent et son esprit qui ne peut être nié, même par les
grands hommes. Hélas, d’autres femmes essayeront comme elle de marquer les esprits, très peu y
arriveront. Ce qui faisait Marie de Gournay femme érudite si remarquée, c’étaient les sujets qu’elle abordait dans ses textes tels que l’assassinat de tyrans, la corruption de mœurs, les duels, l’évolution de la langue, la diffamation, la calomnie, sujets rarement abordés par une femme à cette époque. Et pourtant, la « fille d’alliance de Montaigne » est dénigrée par les autres écrivains de son temps qui refusent de lire ses recueils car « ils ont été écrits par une femme ».
Elle expose sa vision politique dans des recueils tels que :

  • L’ombre de la damoiselle de Gournay, Paris, Jean Libert, 1626
  • Les Advis, ou les Présens de la demoiselle de Gournay, Paris, Toussaint du Bray, 1634
  • Les Advis, ou les Présens de la demoiselle de Gournay, Paris, Jean du Bray, 1641

Marie de Gournay décède le 3 juillet 1645, à Paris, où elle est enterrée à l’église St Eustache.

Citations

« Finalement, si l’Ecriture a déclaré le mari, chef de la femme, la plus grande sottise que l’homme
peut faire, c’est de prendre cela pour passe-droit de la dignité. »
Marie de Gournay, égalité des hommes et des femmes.
« […] on voit à clair qu’ils ne les (les femmes) ont interdites de distribuer les autres sacrements que
pour maintenir toujours plus entière l’autorité des hommes, soit afin qu’à droit ou à tort, la paix fût
plus assurée entre les deux sexes, par la faiblesse et le ravalement de l’un. »
Marie de Gournay, égalité des hommes et des femmes.

Marie de Gournay

Sources : Préface sur la vie de Marie de Gournay, égalité des hommes et des femmes.

En complément :

La chronique de Bibliofeel sur  » les essais » de Montaigne : https://clesbibliofeel.blog/2019/04/23/michel-de-montaigne-les-essais/

4 commentaires sur “Marie de Gournay, femme de lettres du XVIème siècle

  1. Quelle émotion de lire cette très belle évocation de Marie de Gournay ! Je suis fan de tout ce qui touche à Michel de Montaigne et Marie de Gournay a vraiment compté pour lui et pour sa postérité. C’est bien triste qu’elle n’ait pas eu plus de reconnaissance, mais ça vient ! J’ai adoré lire les essais dans la collection Arléa (critique sur mon blog) et suis allé en une sorte de « pèlerinage » à la tour Montaigne en Dordogne il y a quelques mois. Je viens tout juste de finir le journal de voyage du même Montaigne. Quel livre ! Pourtant, les avis sur babélio étaient tellement mauvais (illisible, inintéressant, vieillot…) que je pensais hier ne pas en faire une chronique. Mais avec ton article et parce que cela ferait plaisir à Marie (je pense…), je vais la faire car moi j’ai adoré (c’est un manuscrit qui revient d’outre-tombe…). Merci de m’avoir conforté dans ce choix de l’excellence même si c’est difficile parfois d’être suivi. Belle journée

    Aimé par 1 personne

  2. Oui ! Une chronique sur le journal de Montaigne pourrait être très intéressante et je rajoute le lien de ton article sur les essais de Montaigne pour complément à ma biographie ! J’espère que dans quelques années, Marie de Gournay sera enfin reconnue car il faut des femmes qui se battent comme elle pour changer l’histoire ! Merci pour ton commentaire.
    Maya

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